Wolfgang Amadeus Mozart : Complete Flute Quartets - Anna Besson, flûte Louis Créac’h, violon Manuela Bucher, alto Ronan Kernoa, violoncelle - A Nocte Temporis
Wolfgang Amadeus Mozart : Complete Flute Quartets - Anna Besson, flûte Louis Créac’h, violon Manuela Bucher, alto Ronan Kernoa, violoncelle - A Nocte Temporis
Anna Besson et A Nocte Temporis signent une lecture de très haute tenue des Quatuors avec flûte de Mozart, où raffinement du timbre, précision des phrasés et sens du dialogue chambriste atteignent un rare degré d’accomplissement. Le K. 285 est splendide, et l’arrangement de la Sonate K. 311 par Hoffmeister s’impose comme bien davantage qu’un simple complément.
Alpha Classics ALPHA1259
Note: 4,5/5
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Il y a chez Mozart des œuvres dont la simplicité apparente constitue précisément le piège. Les Quatuors avec flûte en font partie. Leur charme, leur élégance, leur lumière peuvent donner l’illusion d’une musique sans résistance, presque décorative. Il suffit pourtant de peu pour les déséquilibrer : une flûte trop brillante, des cordes réduites au rôle d’accompagnement, un phrasé trop précieux, et l’on bascule aussitôt du côté du joli.
Anna Besson et les musiciens d’A Nocte Temporis évitent soigneusement cet écueil. Leur lecture repose sur une idée simple mais essentielle : faire entendre ces pages comme de la musique de chambre, non comme de petits concertos déguisés.
La flûte reste naturellement au premier plan, mais elle n’écrase jamais ses partenaires. Le timbre d’Anna Besson est à lui seul un argument : lumineux, moelleux, d’une grande souplesse, avec cette capacité à conserver de la matière jusque dans les nuances les plus fines. Ce qui frappe surtout est la qualité du modelé. Chaque attaque, chaque extinction de note, chaque inflexion de souffle participe au dessin de la phrase sans jamais donner l’impression d’un travail appliqué.
Le Quatuor en ré majeur K. 285 concentre tout ce que cette interprétation a de plus réussi. L’Allegro avance avec une fraîcheur qui ne sacrifie rien à la précision ; les plans s’équilibrent naturellement, les cordes restent présentes, réactives, toujours prêtes à reprendre l’initiative. Puis vient l’Adagio, et le disque change de dimension.
Sur les pizzicatos des cordes, la ligne de flûte paraît suspendue. Besson ne cherche ni l’effet ni l’émotion appuyée. Elle laisse le cantabile respirer, avec une pureté presque irréelle, et c’est précisément cette retenue qui donne à la page sa profondeur. Le mouvement suivant, plus concertant, confirme la qualité du dialogue entre les quatre musiciens : les prises de parole s’enchaînent avec une lisibilité exemplaire sans que jamais la texture se fracture.
Le K. 285a séduit par des qualités plus discrètes : finesse des nuances, souplesse des articulations, sens du demi-teinte. Le Tempo di menuetto est très précisément tenu, mais sans raideur ni affectation. Même équilibre dans le K. 298, où l’humour reste léger, jamais souligné à gros traits.
C’est là l’une des grandes forces du disque : refuser d’en faire trop.
Ces œuvres appartiennent pour partie à un univers de commande, de divertissement cultivé, de sociabilité musicale. Les interprètes ne cherchent donc pas à leur conférer artificiellement une profondeur qu’elles n’ont pas toujours. Ils préfèrent en révéler les détails, la finesse d’écriture, la circulation des voix, les changements de lumière.
Le complément consacré à l’arrangement de la Sonate K. 311 par Franz Anton Hoffmeister est plus qu’un simple appendice. La transcription sonne avec une telle évidence qu’on oublie vite son origine pianistique. Les voix se distribuent naturellement entre les instruments, et les musiciens s’y engagent avec une énergie et un charme remarquables.
L’Andante y est particulièrement séduisant. La ligne se déploie comme une cavatine, avec une souplesse presque vocale, tandis que les partenaires modifient subtilement la couleur autour d’elle. Le résultat donne à cette page un relief inattendu et prolonge très intelligemment l’univers des quatuors.
La prise de son contribue beaucoup à la réussite de l’ensemble. Les instruments sont captés avec une grande proximité, sans perdre l’espace autour d’eux. Les timbres restent parfaitement définis, les graves ont de la profondeur, la flûte conserve toute sa présence sans devenir envahissante. L’image sonore, large et précise, permet d’entendre à la fois le détail et la cohésion.
On pourra toujours rappeler que tous les Quatuors avec flûte ne se situent pas au même niveau d’inspiration. Le K. 285 domine nettement le corpus, notamment par son Adagio d’une beauté presque irréelle. Mais l’intelligence de cette lecture réduit largement l’impression d’inégalité.
Anna Besson et A Nocte Temporis signent ainsi un disque d’une élégance rare, où la virtuosité ne se montre jamais et où la beauté des timbres reste constamment au service du discours.
Ce Mozart-là n’a rien de décoratif. Il retrouve ce qu’il a de plus précieux : l’art de faire croire que tout est simple alors que tout repose sur l’équilibre.

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