Franz Liszt: Angels & Demons - Stella Almondo, piano

Franz Liszt:  Angels & Demons  - Stella Almondo, piano 

À vingt ans à peine, Stella Almondo ne joue pas Liszt en jeune virtuose appliquée : elle en assume les excès, les vertiges et la sensualité. Si certaines pages lyriques peuvent encore gagner en profondeur, l’aisance digitale, le sens du théâtre et surtout l’incandescence d’Après une lecture du Dante imposent une personnalité déjà singulière.















Naïve
Note: 4,5/5


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Il y a chez Stella Almondo une qualité immédiatement lisztienne : elle n’a pas peur de l’excès. Là où tant de jeunes pianistes, soucieux de respectabilité, neutralisent la part de théâtre, de sensualité et d’extravagance de cette musique, elle accepte au contraire d’en parcourir les zones dangereuses.

La Première Méphisto-Valse donne le ton. Le rythme y possède une véritable ivresse, les ruptures sont franches, les traits fusent sans raideur et le clavier conserve, même dans les paroxysmes, une belle lisibilité. Almondo ne cherche pas seulement l’éclat : elle sait faire grincer la valse, en exagérer les déséquilibres, faire entendre derrière la virtuosité la grimace de Méphisto. Même appétit dans la Danse macabre, où le panache se double d’un vrai goût du grotesque. Le jeu y est généreux, parfois presque insolent, mais jamais purement démonstratif.

Erlkönig et Wilde Jagd confirment cette aisance dans les pages de grande dépense physique. Le galop schubertien reste tendu sans devenir mécanique, les voix sont suffisamment différenciées pour que le drame survive à la transcription. Dans Wilde Jagd, quelques basses appuyées témoignent encore d’une jeunesse qui privilégie volontiers l’impact, mais l’énergie générale balaie vite la réserve.

L’autre versant du disque est plus délicat. Almondo possède incontestablement le chant : Liebeslied s’élève avec naturel, sans affectation, et l’Ave Maria séduit par la finesse du toucher et la qualité de la ligne. La Consolation n° 3 bénéficie d’une retenue bienvenue, soutenue par une sonorité ample et chaleureuse. Die Loreley est conduite avec une belle souplesse, sans surcharge expressive.

Le Sonetto 104 del Petrarca convainc un peu moins pleinement. Tout est déjà en place — legato, respiration, qualité de timbre — mais la phrase pourrait encore gagner en liberté intérieure, en souplesse de transition, en poids poétique. C’est moins une faiblesse qu’un indice de maturation à venir : cette musique réclame parfois davantage de temps vécu que de moyens pianistiques.

Le véritable sommet du disque est Après une lecture du Dante. Almondo y trouve une urgence et une fièvre qui transforment la Fantasia quasi Sonata en véritable traversée. Les premières octaves surgissent avec une violence sèche, les épisodes infernaux sont menés avec une énergie presque suffocante, mais jamais au prix de la structure. Les contrastes sont fortement accusés, les épisodes lyriques respirent, les grands retours sont préparés avec suffisamment d’espace pour que l’œuvre ne se réduise pas à un long crescendo de virtuosité.

C’est ici que sa personnalité apparaît le plus nettement. Almondo ose l’extravagance quand Liszt l’exige. Elle ne cherche pas à arrondir les angles ni à spiritualiser prématurément la partition. La violence, l’emphase, l’extase, la sensualité sonore sont prises au sérieux comme éléments du langage. Et surtout, la technique disparaît derrière le geste : les difficultés semblent appartenir à la musique plutôt qu’à l’interprète.

La prise de son, réalisée à la MC2 de Grenoble, sert admirablement cette esthétique. Le piano est très présent, avec des graves profonds et toniques, des aigus chaleureux et une dynamique précise. La réverbération donne de l’espace sans dissoudre l’attaque, ce qui profite autant à la Danse macabre qu’aux pages plus méditatives.

Tout n’est pas encore également mûr. Le grand chant lisztien pourra gagner en intériorité, certaines basses en légèreté, quelques transitions en respiration. Mais ce disque évite l’écueil majeur de tant de débuts de carrière : il ne ressemble pas à une carte de visite.

Stella Almondo ne cherche pas à montrer ce qu’elle sait faire. Elle affirme déjà une vision : un Liszt où le poète et le démon ne s’opposent pas, mais procèdent d’une même démesure.

À cet âge, c’est considérable.

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