M’a dit amour - Julie Roset (soprano) - Susan Manoff (piano)
M’a dit amour - Julie Roset (soprano) - Susan Manoff (piano)
Programme d’une originalité rare, duo très inspiré, virtuosité intelligemment dramatisée ; un rapport micro/voix parfois trop proche et quelques élans inutilement “opératiques” empêchent le 5/5.
Alpha Classics ALPHA1189
Note: 4,5/5
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Il y a des récitals qui rassurent, et d’autres qui intriguent. M’a dit amour fait partie de la seconde catégorie : les noms de compositeurs ne sont pas tous exotiques, mais la plupart des pages le sont — et le disque assume pleinement ce pari. Plutôt qu’un itinéraire “musée” de la mélodie française, le duo Roset/Manoff propose une cartographie émotionnelle, comme un autoportrait au fil de textes où l’on traverse jeux amoureux, absence, tromperie, rêverie, princesses… et même, par moments, une sorte de débriefing post-romanesque, presque clinique, où l’esprit s’écoute lui-même. L’intelligence du programme tient à cette sensation de récit : rien d’anthologique, mais une dramaturgie.
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Il y a des récitals qui rassurent, et d’autres qui intriguent. M’a dit amour fait partie de la seconde catégorie : les noms de compositeurs ne sont pas tous exotiques, mais la plupart des pages le sont — et le disque assume pleinement ce pari. Plutôt qu’un itinéraire “musée” de la mélodie française, le duo Roset/Manoff propose une cartographie émotionnelle, comme un autoportrait au fil de textes où l’on traverse jeux amoureux, absence, tromperie, rêverie, princesses… et même, par moments, une sorte de débriefing post-romanesque, presque clinique, où l’esprit s’écoute lui-même. L’intelligence du programme tient à cette sensation de récit : rien d’anthologique, mais une dramaturgie.
Un arc secret : du chant nu à l’ostinato hanté
Musicalement, le disque est construit de façon très intuitive, avec un contour presque “rituel”. Il commence et s’achève dans un esprit de dépouillement quasi archaïque : d’abord l’étonnante austérité de Koechlin, M’a dit Amour, presque monodique, voix mise à nu, puis, en miroir final, Mel Bonis (Songe — Vers le pur amour), posée sur un ostinato qui tourne comme une obsession douce, une berceuse inquiétante. Entre ces deux pôles, l’album alterne densité et transparence, expansion et miniature, clair et obscur, mais souvent à contre-emploi : le Debussy n’est pas seulement parfumé et vaporeux, il devient parfois radicalement “autre”, notamment quand il touche à l’inhumain ou au fantastique ; Poulenc, lui, se tient ici sur “son meilleur comportement”, élégance et retenue ; Enescu surprend par une gravité simple et directe, très éloignée de l’image virtuose qu’on associe trop vite aux Rhapsodies.
Le vrai sujet : la colorature sous toutes ses formes
Le fil le plus constant est ailleurs : c’est une galerie de l’écriture pour soprano colorature – mais pas la colorature décorative, celle qu’on applaudit pour la seule agilité. Ici, elle se métamorphose : plume d’oiseau, éclat de rire, piqûre acide, panique, extase, puis soudain silence suspendu. Les Chansons pour les oiseaux de Louis Beydts forment un centre de gravité évident : sous un titre accueillant, ce n’est pas un album de surfaces charmantes, mais un cycle où l’image volatile masque une interrogation plus existentielle. Et c’est justement là que Roset impressionne : timbre clair “fruit et cristal”, aigu souverain, contre-ut dépassé sans crispation, mais surtout une manière d’habiter le texte sans faire de la diction un scalpel. Elle conserve le chant, la ligne, l’élan.
Dans le répertoire plus “familier” (ou qui en donne l’illusion), l’effet est immédiat : une Réverie de Rosenthal peut devenir lancinante sans afféterie ; Hahn retrouve sa grâce sans sucre ajouté ; certains Debussy des années 1880 déploient des langueurs franchement sensuelles, avec un En sourdine capiteux, respiré, presque tactile. Et l’album sait ménager des paliers : quelques interludes pour piano empêchent l’auditeur de se sentir “déraciné” au milieu de tant de raretés, tout en confirmant le rôle de Manoff comme véritable co-narratrice.
Aboulker : la zone de risque, donc la zone de vérité
Là où le disque devient franchement passionnant, c’est quand il s’aventure du côté d’Isabelle Aboulker. L’écriture y pousse la colorature vers des hauteurs… disons déraisonnables : Je t’aime traverse des passages maniaques où l’on peut entendre une longue tirade obsessionnelle, presque inquiétante, comme si l’amour basculait dans la traque. Le génie de Roset est de ne pas chercher à “faire joli”. Elle accepte de durcir, d’acidifier, de tordre un peu le son quand le texte le demande. Ce courage dramatique – très opératique au bon sens du terme – donne sa nécessité à ces pages : elles cessent d’être des curiosités et deviennent des scènes.
La réserve : micro, projection et un soupçon de “trop”
Pour un vrai avis, il faut aussi nommer ce qui peut diviser. D’abord, un détail de goût : même si la diction est globalement superbe et signifiante, certains souhaiteront parfois une articulation encore plus ciselée, plus incisive dans la consonne, surtout quand l’esprit bascule vers la satire ou l’ironie. Mais la réserve la plus nette touche au rapport voix/micro et, par ricochet, à la couleur du timbre : Roset possède un instrument naturellement projeté, avec une aura un peu opératique, et il lui arrive de forcer inutilement cette projection – comme si, par prudence, elle “posait” une intensité qui, dans un cadre plus retenu (ou avec une prise de son un rien plus distante), se lirait encore mieux. Les idées d’interprétation sont là, souvent excellentes ; elles gagneraient parfois en netteté avec un contact microphonique moins intimiste, qui laisserait plus d’air autour de la voix.
Manoff : la dramaturge silencieuse
Susan Manoff, elle, est un luxe constant : toucher, couleurs, respiration, sens des transitions. Elle ne “suit” pas la chanteuse : elle organise le temps, crée des climats aux fragrances mêlées, et soutient Roset dans les zones extrêmes — qu’elles soient vertigineuses (Aboulker) ou ascétiques (Koechlin). On sent un travail de fond, une collaboration pensée sur la durée, pas une rencontre opportuniste.
Verdict
M’a dit amour réussit ce que peu de premiers récitals osent : proposer un monde. Un monde où l’on rit, où l’on rêve, où l’on s’obsède, où l’on se dénude. Le programme est une réussite en soi, et Roset y affirme une identité : soprano colorature, oui, mais surtout musicienne qui raconte, qui prend des risques, qui accepte l’ombre. Reste une marge de progression – plutôt heureuse – sur le dosage de projection et la distance au micro : à ce prix, les intentions gagneraient encore en évidence, et le style en pureté.
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