Grand Tour - Freiburger Barockorchester - Gottfried von der Goltz
Grand Tour - Freiburger Barockorchester - Gottfried von der Goltz
Un voyage musical au cœur de l’Allemagne du XVIIIᵉ siècle, envisagée comme un carrefour des styles européens. Capté en concert, Grand Tour réunit chefs-d’œuvre et raretés de Bach, Telemann, Fischer, Pez et Kusser dans une lecture vibrante du Freiburger Barockorchester dirigé du violon par Gottfried von der Goltz. Énergie collective, sens du style et prise de son exemplaire font de cet album un manifeste vivant du baroque allemand, nourri d’influences françaises et italiennes, et porté par un souffle jubilatoire.
Aparté AP405
Note: 4,5/5
Le choix des compositeurs est à cet égard exemplaire. Aux côtés de Johann Sebastian Bach, figure tutélaire omniprésente, figurent Johann Ludwig Bach, Johann Caspar Fischer, Johann Christoph Pez, Johann Sigismund Kusser et Georg Philipp Telemann. Tous n’ont pas voyagé physiquement, mais tous ont intégré, avec plus ou moins d’audace, des langages venus d’ailleurs. Le programme met ainsi en lumière la manière dont la musique allemande de cette période se nourrit du goût français pour la danse et la clarté formelle, de la virtuosité et de l’expressivité italiennes, sans jamais renoncer à une rigueur contrapuntique proprement germanique.
Dès l’Ouverture en sol mineur de Kusser, l’oreille est frappée par l’efficacité illustrative de l’écriture et par l’engagement de l’interprétation. Les contrastes y sont incisifs, les effets soigneusement caractérisés, sans jamais verser dans l’emphase. Le Concerto pastorale de Pez révèle quant à lui un coloriste de premier plan : les flûtes à bec y dessinent des moirures souples et chaleureuses, tandis que la Passacaille déploie un sens du continuum rythmique d’une rare élégance. Ces pages, trop rarement jouées, trouvent ici une défense qui les hisse au niveau des œuvres plus célèbres qui les entourent.
Sous la direction souple et charismatique de Gottfried von der Goltz, violon en main, le Freiburger Barockorchester fait une nouvelle fois la démonstration de ce qui le distingue depuis des décennies : une énergie constante, mais jamais brutale, un geste collectif d’une grande naturalité, et un travail sur les nuances d’une finesse remarquable. La Suite op. 1 n° 4 de Johann Caspar Fischer, héritière directe du modèle français, séduit par son équilibre entre noblesse chorégraphique et élan rythmique, chaque danse trouvant son caractère sans surcharge expressive.
L’Ouverture en sol majeur de Johann Ludwig Bach apparaît comme l’un des sommets du disque. Exemple accompli de style mêlé, elle conjugue ampleur architecturale, délicatesse expressive dans l’Air initial et carrures franches dans les danses qui suivent. L’interprétation en souligne la vitalité et la richesse de timbre, au point de reléguer certaines lectures plus policées au rang de propositions sages. Dans le Concerto pour flûte et violon TWV 52/e3 de Telemann, le rebond dynamique entre solistes et orchestre est particulièrement jubilatoire : la vivacité, la verve et même une certaine sensualité du phrasé donnent à cette version une évidence communicative, rarement atteinte ailleurs.
Le Concerto brandebourgeois n° 2 BWV 1047, enfin, confirme l’excellence de l’ensemble dans un répertoire pourtant abondamment enregistré. La virtuosité y est éclatante mais jamais ostentatoire, l’allant rythmique soutenu par une cohésion instrumentale impressionnante. L’équilibre entre les pupitres, la précision des attaques et la liberté du discours donnent à cette lecture un sentiment d’épanouissement naturel, typique de l’esthétique du Freiburger Barockorchester.
Le caractère live de l’enregistrement joue un rôle essentiel dans la réussite de l’album. La prise de son, d’une grande précision, restitue des timbres nettement définis et une image sonore aérée, tout en conservant la tension du concert. Le dialogue entre solistes et orchestre, notamment dans Telemann, bénéficie d’un relief et d’un dynamisme exemplaires. Quelques aspérités inhérentes au direct subsistent, mais elles participent davantage à la sensation de présence qu’elles ne nuisent à la lisibilité du propos.
Grand Tour s’impose comme une réussite majeure : à la fois pédagogique sans être didactique, savant sans sécheresse, et profondément jubilatoire. Si certains auditeurs pourront préférer des lectures plus introspectives, notamment pour Bach, la cohérence esthétique et l’engagement interprétatif emportent largement l’adhésion. Cet album rappelle avec éclat que le baroque allemand est avant tout un art du métissage et du mouvement.
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