Piotr Ilyitch Tchaïkovsky — Œuvres pour piano et suite de ballet - Daniil Trifonov, piano

Piotr Ilyitch Tchaïkovsky — Œuvres pour piano et suite de ballet  - Daniil Trifonov, piano

Cet enregistrement constitue une référence moderne pour Tchaïkovsky au piano, révélant des œuvres longtemps négligées dans toute leur richesse expressive. Trifonov allie humour, poésie, virtuosité et profondeur dramatique, offrant un voyage musical complet, captivant et d’une cohérence stylistique exemplaire. C’est un disque qui fera date, aussi bien pour les amateurs que pour les mélomanes avertis.















Deutsche Grammophon
Note : 4,7/5

 
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Daniil Trifonov confirme avec cet enregistrement sa position de pianiste incontournable de sa génération, offrant une interprétation de Tchaïkovsky à la fois techniquement impeccable, poétique et profondément personnelle. Le disque couvre des œuvres rarement jouées avec autant d’attention : le Thème original et Variations, Op. 19 No. 6, la Sonate pour piano, Op. 80, l’Album pour les enfants, Op. 39, et la Concert Suite from “The Sleeping Beauty”, Op. 66a arrangée par Pletnev. Chaque pièce est abordée avec un équilibre rare entre fidélité à la partition et liberté expressive.

Le cycle des variations révèle toute la finesse de Trifonov. Il se distingue par sa capacité à varier l’articulation et le caractère de chaque variation, insufflant un souffle poétique à l’œuvre sans jamais tomber dans l’emphase. Les staccati de la quatrième variation sont légers et sautillants, conférant une vivacité naturelle, tandis que les lignes imitatives de la sixième variation sont rendues avec clarté et précision. La neuvième variation, plus lyrique, conserve un charme subtil malgré une interprétation légèrement libre du rythme de mazurka. Trifonov navigue avec aisance entre humour, légèreté et passages plus solennels, culminant dans une coda étourdissante qui met en valeur sa virtuosité et sa musicalité.

Le recueil de vingt-quatre miniatures offre un terrain idéal à Trifonov pour déployer sa créativité. Chaque pièce possède un caractère distinct : la Petite Mère évoque une atmosphère tendre et enfantine, tandis que les Funérailles de la poupée introduisent un ton plus grave, aussitôt tempéré par l’allégresse d’une valse. Le pianiste s’approprie les rythmes et les accents, donnant à chaque miniature un relief dramatique et un humour subtil. Les pièces campagnardes et les chansons traditionnelles sont interprétées avec une fraîcheur et une légèreté qui rendent la lecture captivante et renouvelée, tandis que les dernières miniatures concluent le recueil sur un mélange de délicatesse et de recueillement.
Sonate en do dièse mineur, Op. 80 : puissance, clarté et lyrisme

La Sonate Op. 80, longtemps négligée, retrouve ici toute sa densité et son relief. Trifonov prend largement les indications du compositeur au pied de la lettre, offrant un premier mouvement d’une transparence et d’une fluidité remarquables. Les passages rapides, notamment les triplets, semblent danser avec naturel et virtuosité. L’Andante révèle la palette coloristique du pianiste et son sens du chant intérieur, tandis que le Scherzo, féerique et nerveux, préfigure des climats que Tchaïkovsky développera plus tard dans sa symphonie initiale. Le finale, maîtrisé dans son crescendo et ses dynamiques, atteint une intensité dramatique saisissante, couronnant l’œuvre d’une conclusion pleine de puissance et de sensibilité.

La transcription de Pletnev met Trifonov face à un défi orchestral complexe, qu’il relève avec une maîtrise impressionnante. Le Prologue est incandescent, la Dance of Pages équilibrée et parfaitement articulée, et l’Andante se déploie avec fluidité et lyrisme. Les passages virtuoses, tels que les tremolos de The Pussed Tom-Cat and the White Cat ou les staccatos de la Gavotte, sont rendus avec une clarté et une intensité rarement atteintes. Les aigus scintillants de The Singing Canary ajoutent un éclat subtil qui complète un parcours expressif où chaque détail, chaque couleur et chaque accent trouvent leur place. L’Adagio final constitue un sommet de tension dramatique et de lyrisme, concluant le disque sur une note d’éblouissante maîtrise.

Trifonov conjugue technique exceptionnelle et sensibilité musicale : chaque mouvement, chaque miniature et chaque variation est interprété avec un souci du détail extrême. Sa lecture fait ressortir la richesse expressive de Tchaïkovsky, alliant légèreté, humour, lyrisme et intensité dramatique. Il réussit à transformer des œuvres parfois sous-estimées en pièces profondément vivantes et poétiques, révélant la force expressive et la beauté intérieure de la musique du compositeur.
Prise de son et production

Enregistré au Mechanics Hall de Worcester, le piano bénéficie d’un timbre chaleureux et riche, avec une cohésion des registres remarquable. L’image sonore est précise et immersive, même si les fortissimos prennent une densité supplémentaire due à l’acoustique généreuse de la salle. Chaque nuance, de la délicatesse des miniatures à l’éclat des passages virtuoses de la suite de ballet, est rendue avec clarté, permettant à l’auditeur de suivre toutes les subtilités du jeu de Trifonov.

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