Piotr Ilyitch Tchaïkovski - Quatuor n°3 & Souvenir de Florence - Quatuor Modigliani - Hélène Clément - Antoine Lederlin

Piotr Ilyitch Tchaïkovski - Quatuor n°3 & Souvenir de Florence - Quatuor Modigliani - Hélène Clément - Antoine Lederlin

Un disque majeur pour le Quatuor n° 3, indispensable pour quiconque aime Tchaïkovski en musique de chambre. Un Souvenir de Florence superbe, mais pas totalement transcendant. L’ensemble reste un témoignage marquant d’un quatuor français au sommet de son art.














Mirare MIR580
Note: 4,5/5


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Il est rare qu’un ensemble français investisse avec autant de conviction le territoire chambriste de Tchaïkovski, un univers tiraillé entre lyrisme incandescent, douleur intime et un certain sens du vertige émotionnel. Le Quatuor Modigliani s’y avance avec l’assurance et la générosité sonore qui le caractérisent depuis ses débuts. Ce nouvel enregistrement, couplant le Quatuor n° 3, œuvre funèbre et introspective, et le sextuor Souvenir de Florence, page solaire et gorgée d’énergie, ambitionne clairement d’en offrir une lecture à la fois organique, narrative et très personnelle.

Dès les premières mesures de l’Andante du Quatuor n° 3, on reconnaît la marque de fabrique des Modigliani : un chant ample, sans pudeur excessive, porté par un legato construit au cordeau, et une homogénéité remarquable des textures. Là où certains quatuors favorisent le murmure pudique, les Modigliani assument un romantisme franc, décomplexé, qui ne verse pourtant jamais dans la surcharge. Le discours respire, mais ne flotte pas.

Le développement de l’Allegro moderato profite pleinement de cette approche. L’agogique, très pensée, donne vie aux vastes arcs mélodiques, sans jamais les figer dans un dolorisme immobile. La ligne de premier violon, menée avec panache, entraîne tout l’ensemble dans un mouvement qui dépasse par moments la seule échelle chambriste pour atteindre une intensité presque symphonique, tout en restant tenue par la densité du quatuor.

Seul le Scherzo, d’une légèreté parfois retenue, semble plus sage que l’ensemble du parcours émotionnel. Mais cet instant de répit prépare d’autant mieux l’entrée dans le grand Andante funèbre, véritable cœur d’ombre de l’œuvre. Ici, le Modigliani dévoile le meilleur de lui-même : les phrasés paraissent habités d’un pathos qui bat en vagues, sans jamais tomber dans l’emphase décorative. La douleur de Tchaïkovski est là, brute mais tenue, et l’élégie atteint une intensité bouleversante.

Le finale, aux accents folkloriques affirmés, pourrait sembler presque trop cavalier après une telle immersion dans la noirceur. Mais l’enthousiasme contagieux du quatuor, sa vitalité assumée, referment l’Opus 30 dans un mouvement presque libératoire, comme si la danse venait soudain conjurer le deuil.

Il faut le reconnaître : ce Quatuor n° 3 est l’une des versions les plus sincères et les plus vibrantes que l’on ait entendues depuis plusieurs années.

Rejoint par Hélène Clément à l’alto et Antoine Lederlin au violoncelle, le Quatuor Modigliani aborde le Souvenir de Florence avec la même élégance naturelle, la même beauté de timbres, mais sans retrouver tout à fait la magie et la puissance émotionnelle du quatuor.

Le sextuor sonne somptueusement : la rondeur des altos, le grain des violoncelles, le raffinement de la texture centrale — tout cela séduit immédiatement. Le lyrisme du second mouvement, notamment, bénéficie de cette pâte sonore dense et chatoyante. Les musiciens privilégient ici une lumière chaude, une tendresse diffuse, loin des lectures plus tendues ou mordantes.

Et pourtant, quelque chose manque. Non pas la qualité technique, irréprochable, ni le sens de la ligne, toujours admirable. Ce qui se fait sentir, plutôt, c’est l’absence d’une véritable prise de risque, notamment dans les mouvements extrêmes. L’ouverture manque parfois de ce grain de folie, de cet élan presque orchestral que certaines grandes versions ont su imposer. De même, le finale, pourtant brillamment joué, demeure en deçà de cette frénésie jubilatoire qui peut faire de cette page un feu d’artifice irrésistible.

On écoute avec bonheur ; mais on n’est pas emporté. Une splendide réussite artistique, légèrement déséquilibrée

À l’arrivée, cet enregistrement offre un contraste saisissant entre une lecture du Quatuor n° 3 d’une intensité exceptionnelle — probablement l’une des plus abouties disponibles aujourd’hui — et un Souvenir de Florence très beau, très noble, mais qui ne bouscule pas la discographie déjà riche de cette œuvre. Le choix artistique demeure cohérent : jamais les Modigliani ne forcent le trait, jamais ils ne sacrifient la qualité du son au spectaculaire. Mais là où leur engagement total fait merveille dans les abîmes du Quatuor n° 3, il s’avère parfois trop policé dans le sextuor. Cela n’enlève rien à la superbe musicalité de l’ensemble, ni à la beauté plastique de la réalisation, mais cela limite légèrement la portée de l’album pris dans son intégralité.

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