Jean-Philippe Rameau – Pygmalion / Pierre Iso – Zémide - Ema Nikolovska - Gwendoline Blondeel - Virginie Thomas - Philippe Estèphe - Chœur de Chambre de Namur - a nocte temporis - Reinoud Van Mechelen, direction

Jean-Philippe Rameau – Pygmalion / Pierre Iso – Zémide - Ema Nikolovska - Gwendoline Blondeel - Virginie Thomas - Philippe Estèphe - Chœur de Chambre de Namur - a nocte temporis - Reinoud Van Mechelen, direction

Cet enregistrement n’est pas seulement une restitution historique : il est une incarnation du baroque français, à la fois vivant, dramatique et sensuel. La combinaison de Pygmalion et de Zémide met en lumière la richesse de la musique vocale du XVIIIᵉ siècle, tout en révélant un compositeur oublié avec intelligence et subtilité. La distribution vocale est exceptionnelle, la direction attentive et précise, et l’orchestre lisible et élégant. L’ensemble constitue une expérience musicale captivante, où la clarté, le style et le souffle dramatique cohabitent avec un naturel déconcertant.















Château de Versailles CVS174
Note : 4,4/5

 
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La rencontre de Pygmalion, œuvre emblématique de la maturité de Rameau, et de l’acte de ballet Zémide, pièce quasi oubliée de Pierre Iso, constitue l’un de ces projets discographiques qui permettent de mesurer à quel point le baroque français pouvait être à la fois raffiné, dramatique et profondément vivant. Plutôt qu’une approche académique ou décorative, cette lecture privilégie le théâtre et le souffle dramatique, donnant aux œuvres une immédiateté rare dans le répertoire vocal ancien.

Reinoud Van Mechelen incarne Pygmalion avec une autorité et une clarté remarquables. Sa haute-contre, agile et souple, rend les vocalises fluides et naturelles, sans jamais sacrifier la diction ou la finesse rhétorique. Dès l’air d’entrée, la ligne vocale impose un personnage à la fois humain et héroïque. Les passages dialogués avec la Statue, interprétée par Virginie Thomas, révèlent un équilibre parfait entre modestie dramatique et expressivité vocale. Thomas apporte à la Statue une présence délicate, tandis qu’Ema Nikolovska campe une rivale crédible et nuancée. L’Amour, incarné par Gwendoline Blondeel, brille par la pureté du timbre, la légèreté et la maîtrise du style français, notamment dans les passages d’ornementation et de virtuosité. Philippe Estèphe complète la distribution avec un verbe précis et ciselé, incarnant l’élan amoureux avec intelligence et clarté.

La direction de Van Mechelen articule chaque interaction avec soin, créant une circulation fluide entre les voix et l’orchestre. Les danses et passages instrumentaux s’insèrent naturellement dans le récit, avec une finesse de touche qui bannit tout excès et met en valeur les couleurs orchestrales. Les flûtes, particulièrement sollicitées, se distinguent par leur agilité et leur précision, et le chœur de chambre de Namur apporte une assise dramatique solide, jouant à la fois rôle narratif et moteur rythmique.

La résurrection de Zémide par Van Mechelen est une révélation. Pierre Iso, compositeur presque oublié, adopte un style qui rappelle Rameau tout en annonçant une sensibilité préclassique, avec une écriture efficace, claire et expressive. L’orchestre répond aux chanteurs avec intelligence et souplesse, soutenant les lignes vocales sans jamais les écraser. Les pages les plus inspirées, comme « Approchons, enlevons ses armes », témoignent de l’art d’Iso pour construire des effets dramatiques et chorégraphiques à la fois efficaces et raffinés.

Ema Nikolovska, dans le rôle-titre, déploie un timbre charnu et sensible, capable de nuancer le drame et la subtilité expressive. Blondeel, dans le rôle de l’Amour, fait preuve d’une maîtrise stylistique parfaite et d’une légèreté qui se marie à merveille avec la clarté de la ligne musicale. Philippe Estèphe maintient la cohérence dramatique grâce à un verbe ciselé et un phrasé net. L’équilibre entre les solistes, le chœur et l’orchestre permet de mettre en lumière les contrastes et la richesse de la partition.

A nocte temporis, sous la direction de Van Mechelen, offre un orchestre d’une lisibilité exemplaire. Chaque pupitre, particulièrement les flûtes et les cordes, brille par sa précision et sa transparence. L’orchestre s’efface au besoin, met en avant les voix et les solistes, et assure le mouvement dans les danses et passages instrumentaux. La direction conjugue sensibilité stylistique, clarté des textures et intelligence théâtrale, évitant tout maniérisme ou surcharge inutile. Les respirations musicales, les silences, et la souplesse du tempo contribuent à un flux dramatique continu, captivant l’auditeur pendant toute la durée de l’œuvre.

Enregistré au Grand Manège de Namur par Florent Ollivier, le disque bénéficie d’une prise de son claire et équilibrée. La scène sonore place les voix au premier plan, tout en laissant à l’orchestre et au chœur l’espace nécessaire pour respirer et s’exprimer pleinement. Les timbres sont précis, et l’image sonore permet de suivre chaque détail d’ornementation, de phrasé et de dialogue vocal. La captation restitue l’énergie et le dynamisme du concert, donnant une impression de proximité et de vivacité théâtrale.

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