Antonin Dvořák : Danses slaves – Czech Philharmonic, Sir Simon Rattle

Antonin Dvořák : Danses slaves – Czech Philharmonic, Sir Simon Rattle

Au terme de cette écoute, on tient donc une interprétation passionnante, généreuse, parfois irrésistible, mais desservie par une technique d’enregistrement qui en limite la portée. Les mélomanes y trouveront un éclairage inspiré sur ces œuvres, tandis que les puristes, plus exigeants en matière de prise de son, se tourneront peut-être vers les grandes références historiques, mieux captées et plus incisives. Cette nouvelle lecture mérite néanmoins l’attention par l’intelligence de sa direction et par la chaleur incomparable du Czech Philharmonic, dont chaque mesure rappelle à quel point les Danses slaves restent un trésor vivant de la culture tchèque.















Pentatone PTC5187414
Note: 3,5/5


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Lorsque Sir Simon Rattle aborde les Danses slaves, il pénètre dans un univers où chaque mesure porte la mémoire d’un peuple et l’élan d’une tradition. Avec le Czech Philharmonic, dont le langage musical s’enracine dans cette culture, il propose une interprétation profondément incarnée, parfois irrésistiblement vivante, mais paradoxalement grevée par une prise de son qui suscite de fortes réserves.

L’orchestre de Prague demeure l’un des rares ensembles au monde à faire rayonner cette musique avec une telle authenticité. Les cordes racontent plus qu’elles ne jouent, les bois déploient leur charme boisé avec une personnalité immédiatement identifiable, et les cuivres conservent ce grain si particulier qui fait la signature de la maison. Rattle, fin psychologue des phrasés populaires et artisan de couleurs orchestrales sans cesse renouvelées, récolte naturellement le meilleur d’une formation qui connaît cette musique de l’intérieur. Le chef encourage une lecture souple, respirée, où les détails internes fourmillent discrètement, comme si chaque danse retrouvait son contexte de fête, de village, de récit transmis de génération en génération.

L’entrée en matière affirme d’emblée cette fraîcheur naturelle. Le premier Furiant jaillit comme une explosion de lumière, irrésistible et bondissante, tandis que la Dumka en mi mineur se déploie avec une nostalgie retenue, presque pudique. On admire la manière dont Rattle parvient à jouer des nuances internes, à modeler les transitions, à faire entendre des micro-reliefs qui enrichissent l’écoute sans jamais alourdir la texture. Tout semble respirer avec un naturel confondant, comme si chef et orchestre conversaient dans une langue maternelle commune.

L’intérêt de cette nouvelle lecture réside aussi dans le parcours entre les deux séries de danses. On redécouvre, en les enchaînant, un changement de climat assez subtil, une coloration plus sombre, presque introspective, qui gagne les pièces de l’opus 72. Le traitement réservé à la Špacírka en si bémol mineur en est l’un des moments les plus marquants : soudain, la danse bascule dans une zone plus grave, comme si la fête restait en suspens, teintée d’une inquiétude sourde. La dernière danse en la bémol majeur confirme cette évolution ; Rattle y sculpte un pianissimo d’une finesse extraordinaire, soutenu par un orchestre qui semble retenir son souffle.

Plusieurs passages révèlent l’aisance presque insolente de cette formation dans son répertoire natal. Le retour du thème de la Dumka, caressé plutôt que souligné, le timbre doucement ironique du premier trompette dans la Polka, ou encore la vivacité de la Skočná, d’une impertinence jubilatoire, témoignent d’un bonheur partagé à recréer ces pages tant de fois enregistrées mais rarement habitées avec une telle familiarité.

Toutefois, une difficulté majeure s’impose dès les premières minutes et ne cessera de parasiter l’impression générale : la prise de son. Certains y ont vu un voile réverbéré, une image trop diffuse, comme diluée en profondeur, affaiblissant la netteté des attaques. Les percussions ressortent parfois de manière artificiellement agrandie, au point de sembler détachées du reste de l’orchestre. Dans les moments les plus électriques, notamment dans l’opus 72 n° 1, l’impact attendu se trouve émoussé ; dans les épisodes plus pastoraux, les timbres peuvent se mélanger en une masse peu caractérisée. Cette esthétique trouble contredit parfois l’énergie, le relief et la précision de l’interprétation elle-même, créant un décalage qui ne passe pas inaperçu.

Il en résulte un paradoxe saisissant. Sur le plan musical, l’album est souvent admirable : riche, nuancé, profondément idiomatique, servi par une entente exemplaire entre Rattle et un orchestre qui respire cette musique comme une seconde nature. Sur le plan sonore, en revanche, l’enregistrement déçoit et affaiblit une lecture qui aurait pu se hisser au sommet des grandes versions modernes.

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