Johann Sebastian Bach – Messe en si mineur (BWV 232) -Pygmalion – Direction : Raphaël Pichon - Julie Roset, Beth Taylor, Lucile Richardot, Emiliano Gonzalez Toro, Christian Immler

Johann Sebastian Bach – Messe en si mineur (BWV 232) -Pygmalion – Direction : Raphaël Pichon - Julie Roset, Beth Taylor, Lucile Richardot, Emiliano Gonzalez Toro, Christian Immler

À recommander aux amateurs d’interprétations vivantes, incarnées, aux sonorités ciselées et aux tensions dramatiques assumées. Moins convaincante sur le plan de la transcendance mystique, mais d’une richesse musicale indéniable.















Harmonia Mundi HMM902754.55
Note : 4/5


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Il y a dans cette nouvelle gravure de la Messe en si mineur de Bach un souffle, une tension, une pulsation dramatique qui saisissent dès les premières mesures du Kyrie. L’approche de Raphaël Pichon et de son ensemble Pygmalion s’inscrit dans une esthétique de la ferveur exaltée et de l’éloquence expressive. C’est une Messe qui cherche à dire, à émouvoir, à surprendre — parfois avec éclat, parfois avec insistance — mais toujours dans une cohérence stylistique assumée.

Le cœur battant de cette lecture, c’est sans conteste le chœur de Pygmalion, d’une homogénéité rare. La plasticité des phrasés, la maîtrise dynamique, la clarté des plans polyphoniques — tout concourt à faire de cette formation l’une des plus affûtées de sa génération. Le Cum Sancto Spiritu, d’une jubilation rythmique irrésistible, ou encore le Sanctus, sculpté dans un granit lumineux, témoignent d’un engagement total et d’une articulation dramatique exemplaire.

L’orchestre ne démérite pas. Les bois, et en particulier les flûtes, atteignent une transparence exquise dans le Domine Deus, que l’on peut sans peine classer parmi les plus beaux jamais enregistrés. Les cordes, incisives mais pleines, offrent une assise idéale aux grands moments fugués. Seul le continuo laisse parfois perplexe : le choix d’un théorbe dans certains mouvements, par ailleurs magnifiquement enregistrés, semble en décalage avec la tradition luthérienne. Plus regrettable encore, l’orgue, discret à l’excès, peine à incarner un véritable pilier harmonique dans les grands tutti du Credo.

L’ensemble vocal repose sur un quintette de solistes aguerris, chacun capable de trouver sa place dans le tissu contrapuntique ou dans les airs solistes ciselés de la partition. Julie Roset rayonne par une clarté aérienne, quasi angélique, parfaitement adaptée à l’univers bachien. Beth Taylor apporte un mezzo chaleureux et stable, mais c’est surtout Lucile Richardot qui se distingue : son Agnus Dei, d’une intensité intériorisée et d’un contrôle technique admirable, est l’un des sommets de l’enregistrement.

Emiliano Gonzalez Toro délivre un Benedictus plein de grâce suspendue, soutenu par une flûte traversière délicatement phrastique. Christian Immler, basse à la diction exemplaire, affirme une autorité tranquille dans le Et in Spiritum Sanctum. Toutefois, tout n’est pas sans reproche : certaines interventions semblent affectées, comme le Laudamus Te, entravé par un vibrato trop prononcé, ou le Qui sedes, dont les effets maniéristes alourdissent la ligne mélodique.

Pichon conduit son Bach comme un metteur en scène d’opéra baroque. Les tempi sont vifs, presque fébriles dans les pages jubilatoires, tandis que les mouvements plus méditatifs sont portés par un rubato parfois appuyé, qui peut déranger par son narcissisme expressif. Le Dona nobis pacem final, par exemple, s’alourdit d’un ralentissement qui en détourne la fonction de prière paisible en un grand geste rhétorique.

Ces choix sont revendiqués : ils s’inscrivent dans une conception de l’œuvre comme oratorio total, comme drame sacré à la croisée de l’opéra et de la liturgie. On est loin d’une spiritualité nue ou désincarnée : ici, la Messe en si devient une fresque passionnée, pleine d’élan humain. Cela peut émouvoir profondément, ou laisser sur le seuil ceux qui cherchent d’abord une ascèse intérieure.

Raphaël Pichon livre ici une lecture puissante, pensée dans ses moindres détails, servie par une prise de son généreuse et par un niveau d’exécution remarquable. On est loin d’une relecture sage ou muséale : la Messe en si devient ici un théâtre des affects, intensément vivant, presque incarné dans la chair. Cela fascine par moments, agace à d’autres, mais ne laisse jamais indifférent.

Ce n’est peut-être pas la version la plus spirituelle, ni la plus équilibrée, mais elle fait partie de celles qu’on se surprend à réécouter, tant elle brasse d’idées, de contrastes, de ferveur. Une interprétation qui impose une vision forte — et qui mérite pour cela d’être saluée.

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