Hasse : Serpentes ignei in deserto

Hasse : Serpentes ignei in deserto – Un voyage dans l’univers baroque avec un casting étoilé

Cet enregistrement de l’oratorio baroque de Johann Adolf Hasse est un exemple de grande maîtrise vocale et instrumentale, mais il manque parfois de la force d’engagement émotionnel pour véritablement faire ressortir toute la tension dramatique de l’œuvre. Les prestations vocales sont pour la plupart exceptionnelles, mais l’équilibre avec l’orchestre pourrait être un peu plus fluide, notamment dans les passages les plus intenses. Néanmoins, il s’agit d’une interprétation solide et d’un projet audacieux qui ravira les amateurs de musique baroque
















Erato
Note: 4/5


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L’œuvre de Johann Adolf Hasse, Serpentes ignei in deserto, composée autour de 1733-1735, se dévoile dans un enregistrement magistral signé Erato. Ce projet ambitieux réunit un ensemble de voix exceptionnelles et un orchestre baroque de grande qualité, sous la direction de Thibault Noally. Interprété par Philippe Jaroussky, Jakub Józef Orliński, Carlo Vistoli, David Hansen, Julia Lezhneva et Bruno de Sa, ce double CD offre une plongée dans l’intensité dramatique de l’oratorio baroque, dont les affres spirituelles et humaines sont magnifiquement restituées. Mais au-delà de la virtuosité des interprètes, l’album souffre parfois de quelques légers déséquilibres.

L’œuvre Serpentes ignei in deserto s'inscrit dans le répertoire baroque italien, riche en émotions et en contrastes. L’oratorio raconte l'histoire de la révolte des Israélites dans le désert, frappés par les serpents en raison de leur manque de foi. Cette thématique apocalyptique se prête parfaitement à l’expressivité de la musique baroque, avec ses accents dramatiques et son intensité émotionnelle. La musique de Hasse, influencée par l'esthétique vénitienne et les travaux de Vivaldi, crée un décor où les voix se tissent entre pure virtuosité et une profondeur d'expression.

Les contre-ténors, Philippe Jaroussky, Jakub Józef Orliński, Carlo Vistoli et David Hansen, livrent des prestations superbes. Jaroussky, dans son registre d’aigu habituel, apporte toute la finesse et la lumière nécessaires pour faire briller les lignes vocales de manière envoûtante. Orliński, avec sa voix riche et sombre, souligne les passages les plus dramatiques, apportant une grande intensité. Vistoli et Hansen complètent l’effectif vocal avec un lyrisme impeccable, bien que le timbre de Vistoli manque parfois d’extroversion dans les passages les plus tendus.

Julia Lezhneva, dans le rôle de soprano, est l’une des forces majeures de cet enregistrement. Sa voix claire et perçante, agile, mais aussi pleine d'émotion, fait d'elle une figure centrale dans le travail vocal du disque. Elle excelle notamment dans l’air central de l’oratorio, où elle joue sur la nuance et l'expressivité avec une aisance impressionnante. Bruno de Sa, qui interprète le rôle de sopraniste, s'illustre également par une grande maîtrise du registre aigu, mais sa performance aurait gagné à être un peu plus présente dans l’équilibre sonore global.

Sous la direction de Thibault Noally, l’ensemble Les Accents offre un soutien musical remarquable, même si certains moments laissent une impression de manque de tension. Le violon de Noally est d’une grande finesse, avec des attaques précises et un legato fluide, parfaitement adapté au répertoire baroque. L’orchestre, composé d’instruments historiques, offre une sonorité ronde et raffinée, mais parfois, l’équilibre entre l'orchestre et les voix est délicat, notamment lors des passages où l’interprétation vocale devient plus dense et émotive. Les cordes se montrent quelque peu timides dans certains passages où l’influence dramatique des voix sollicite davantage l’engagement de l’orchestre. Cela pourrait être dû à la nature même de l’œuvre, mais l’orchestre semble parfois hésiter à se lâcher totalement dans les moments les plus intenses de la narration.

Les moments instrumentaux, notamment les interludes de violon, sont magnifiquement réalisés. Noally, en tant que soliste, sait parfaitement amener l’œuvre à son paroxysme avec des variations subtiles qui relèvent l’intensité émotionnelle de l’œuvre.

Cet enregistrement de Serpentes ignei in deserto est marqué par des moments de grande beauté, mais aussi par quelques irrégularités. Les voix, bien que globalement exceptionnelles, peuvent parfois souffrir de certains déséquilibres, avec des phrasés parfois plus incisifs de la part des solistes vocaux qui risquent de surcharger certains passages. En revanche, les moments plus apaisés, où le chant s’épanouit dans des couleurs plus douces, sont d’une grande pureté.

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